Plaintes contre la police de Leuven dans ‘De Standaard’

De Standaard consacre aujourd’hui un article aux nombreuses plaintes déposées par des couples contre l’inspecteur responsable des enquêtes sur les supposés « mariages de complaisance » (ou « mariages blancs ») dans la zone de police de Louvain. On y décrit des investigations « brutales » où les couples sont interrogés sur des détails absurdes (la date de validité du passeport de leur conjoint) et sont traités comme de présumés coupables. Notre traduction de l’article ci-dessous, suivie de la version originale en néerlandais. Continuer la lecture de « Plaintes contre la police de Leuven dans ‘De Standaard’ »

Rejoignez-nous pour notre action Saint-Valentin!

Chaque jour des couples qui souhaitent se marier ou entamer une cohabitation doivent enterrer leur rêve parce qu’ils sont soupçonnés de simuler leurs sentiments (ce qu’on appelle techniquement « mariage gris » ou « blanc »).

Interrogés séparément, les partenaires sont censés répondre à des questions absurdes, importunes, humiliantes, dont voici une sélection:

  • Quelle est la couleur de vos murs ? Jaune ou ocre ?

  • Sur votre lit, avez-vous une couette ou un édredon ?

  • Quels sont les noms et prénoms complets des 10 frères et sœurs de votre épouse/mari, qui habitent au Maroc et que vous n’avez jamais rencontrés ?

  • Avez-vous eu des relations sexuelles la nuit passée ? Dans quelle position ?

S’ensuivent des fouilles du domicile (y compris du panier à linge), parfois des rafles au petit jour qui portent à l’arrestation du partenaire sans titre de séjour, qui est ensuite transféré.e en centre fermé et souvent expulsé.e.

Pour dénoncer ces mesures inquisitoriales et répressives, ce climat de suspicion et de harcèlement, nous vous invitons à une action organisée le dimanche 14 février de 9h à 12h Place Cardinal Mercier à Jette.

Rejoignez-nous pour un enterrement de mariage festif et militant! Venez seuls ou en couple, habillé.e.s en marié.e.s ou pas, écouter des témoignages et découvrir l’action du réseau « Amoureux, vos papiers! ». Ensemble, les couples sont plus forts et ont déjà obtenu des victoires!

Pour cette action, nous préparons une liste des questions les plus ahurissantes et scandaleuses recueillies par des couples avec/sans papiers au cours de leur procédure de mariage ou de cohabitation… Si vous avez eu la malchance de vivre cette expérience, envoyez-nous votre contribution à l’adresse contact@amoureuxvospapiers.com  au plus tard le 12 février!

Papiers pour toutes et tous!

Cette action est organisée en partenariat les écrivaines et écrivains publics de Présence et Action Culturelles.

« Mon compagnon est en centre fermé depuis plus de 2 mois »

Témoignage reçu le 9 février 2016.

« 127 bis, OQT, interdiction de séjour, recours en extrême urgence, recours en annulation, recours en suspension, cohabitation légale, déclaration de mariage, contrat de vie commune, annexe 19 ter, article 7 CEDH, loi de 1980, adde, getting the voice, ciré, amoureuxvospapiers….autant de mots qui résonnent dans ma tête depuis plus deux de mois et qui sont entrés dans notre vie du jour au lendemain sans prévenir.

Mon compagnon est en centre fermé depuis plus de 2 mois suite à un contrôle à son travail. Plutôt que la situation en elle-même, je témoigne sur le ressenti et sur ce que doivent ressentir beaucoup de couples.

Il est actif, sportif, sociable…Il ne mange plus, ne dort plus, passe ces journées à la mosquée, va au sport de temps en temps. Être enfermé sans avoir rien fait est une situation très difficile. On ne sait jamais de quoi sera fait le lendemain. On appelle ça les phases. Un jour, ça va, le moral est là. Le jour suivant, ça ne va plus. Dans la journée même, il ya des phases. Il a trop de temps pour réfléchir.

Il faut tout le temps rassurer, soutenir, faire rire, faire changer les idées pour que le temps de notre conversation ou de nos message, il oublie sa situation. Quand je vais mal, c’est lui qui me rassure et me fait rire. Et là, je culpabilise. C’est le monde à l’envers.

Il dit que ceux qui ne sont pas passés par là ne peuvent pas comprendre. Je fais partie de ces gens mais pourtant sans me mettre à sa place, sa situation et son moral jouent sur le mien.

Je m’occupe des démarches administratives et des contacts avec l’avocat pour faire avancer les choses. Le tribunal rejette notre recours sous prétexte que notre relation n’est pas établie malgré 5 témoignages, quelques photos, 180 textos et ma présence au tribunal. L’avocate de l’OE a bien fait son plaidoyer et a réussi à faire croire que mon attestation de travail est possiblement falsifiée puisqu’elle n’est pas datée.  Notre avocat ne peut pas tirer des plans sur la comète, il avance aussi à tâtons mais mon compagnon n’a pas confiance en les avocats. Et dans ces cas là, je ne sais plus quoi dire ou quoi faire. Je sais que je ne laisserai jamais tomber mais je suis découragée.

Je suis son oreille attentive. Il me parle quand ça va bien et aussi quand ça va mal. J’encaisse et culpabilise d’être en liberté sans ne pouvoir rien faire.

Parfois, il déverse sa colère au téléphone. Je l’écoute patiemment mais j’ai envie de lui répondre puis me reprend. Et dans ces cas là, je culpabilise de lui en vouloir – je suis dehors et je peux faire ce qu’il veut alors qu’il est enfermé et tourne en rond.

Les moments où l’on se voit lors des visites sont précieux. Ce sont des purs moments de bonheur que l’on savoure pendant 1h. Ça reste gravé dans nos têtes pendant des jours. Il se souvient de ce que je portais à chaque visite, de ce que l’on s’est dit et pareil pour moi. On ne se lâche pas. On se prend dans les bras. On se réconforte. Ça nous redonne de l’énergie et la force de patienter.

Quand à la procédure, que faire? Faut-il faire la déclaration de mariage ou attendre? Faut-il changer d’avocat ou le garder? Il compte beaucoup sur mon avis. Je lui dis que je ne peux pas décider à sa place puisque ce n’est pas moi qui vit la situation difficile. Cela finit souvent sur une situation tendue. L’un ne comprend pas forcément l’autre.

J’essaie de me renseigner le plus possible en lisant beaucoup, en allant sur les sites. J’appelle l’Office des étrangers qui me dit de prendre un avocat. J’appelle le Conseil du contentieux des étrangers qui me dit que la date d’audience n’a pas encore été fixée.

On lui dit qu’il sera peut-être relâché du jour au lendemain sans raison. On s’accroche aux petites infos mais tout reste flou. L’incertitude fait mal. L’attente renforce cette incertitude.

On se dit que c’est une période de la vie. Que c’est un test pour notre couple. Qu’on ne sera que mieux après cela. Que nous sommes tous les deux en bonne santé Dieu merci. Que tout le monde traverse des phases difficiles. Que l’on en rigolera plus tard de nos crises de larmes au téléphone. Que cela sera des anecdotes pour nos enfants.

C’est très dur, surtout pour lui, mais on s’accroche et on garde espoir. Patience, patience….

Quoiqu’il en soit, c’est une personne très courageuse, qui n’en sortira que plus forte. Etre enfermé peut détruire mentalement une personne.

On s’accroche comme tout ceux qui vivent la même situation que nous et ceux vivent des situations similaires. IL S’ACCROCHE, RESISTE et ‘purge sa peine’ comme il dit. C’est con et triste mais la vie continue. C’est ce qui nous fait tenir ».

« Rien ni personne ne peut décider de l’avenir de deux personnes et certainement pas un gouvernement qui applique des mesures qui dégradent ». Marianne et Sada

Témoignage reçu suite à l’annonce de notre action Saint-Valentin.

« Bonjour, j’ai pu lire sur votre page votre action concernant les couples qui désirent se marier et qui doivent faire face à de grosses galères. Je voulais au travers de ce petit message dire à tout ces couples de ne jamais abandonner.

J’ai rencontré mon compagnon il y a trois ans, il était alors dans le centre fermé de Vottem, nous n’avions aucune certitude de notre avenir. Il a finalement été expulsé au Sénégal, j’ai donc décidé de le suivre, j’ai vécu là-bas trois mois et je suis ensuite rentrée en Belgique car je devais présenter mon mémoire de fin d’étude.

Il nous fallait dès lors trouver une solution. Nous nous sommes donc rejoints ici au Maroc où je travaille depuis un an. Actuellement nous réunissons tous les documents pour nous marier ici puisqu’en Belgique cela n’était pas possible.

Au mois d’août si dieu le veut nous serons mariés et donc je rentrerai en Belgique pour trouver un logement et un travail dans le secteur social.

Je dois bien avouer que parfois j’ai voulu me décourager mais si l’on s’aime et que nous sommes toujours là après trois ans c’est qu’il y de l’espoir car c’est l’espoir qu’il faut toujours garder. Il faut être déterminés et regarder vers l’avenir et si dieu le veut dans quelques mois nous pourrons regarder en arrière et visualiser tout ce chemin parcouru et enfin profiter d’une vie stable de notre petit appartement en Belgique.

Je connais beaucoup de femmes qui ont rejoint leurs compagnons dans leur pays d’origine pour se marier. Il faut se battre et rester toujours déterminés, rien ni personne ne peut décider de l’avenir de deux personnes et certainement pas un gouvernement qui applique des mesures qui dégradent et qui balayent l’avenir de tous ces couples ».