« Mon compagnon est en centre fermé depuis plus de 2 mois »

Témoignage reçu le 9 février 2016. Merci à celles et ceux qui, en partageant leurs expériences, permettent d’alimenter ce site et de dénoncer ces injustices.

« 127 bis, OQT, interdiction de séjour, recours en extrême urgence, recours en annulation, recours en suspension, cohabitation légale, déclaration de mariage, contrat de vie commune, annexe 19 ter, article 7 CEDH, loi de 1980, adde, getting the voice, ciré, amoureuxvospapiers….autant de mots qui résonnent dans ma tête depuis plus deux de mois et qui sont entrés dans notre vie du jour au lendemain sans prévenir.

Mon compagnon est en centre fermé depuis plus de 2 mois suite à un contrôle à son travail. Plutôt que la situation en elle-même, je témoigne sur le ressenti et sur ce que doivent ressentir beaucoup de couples.

Il est actif, sportif, sociable…Il ne mange plus, ne dort plus, passe ces journées à la mosquée, va au sport de temps en temps. Être enfermé sans avoir rien fait est une situation très difficile. On ne sait jamais de quoi sera fait le lendemain. On appelle ça les phases. Un jour, ça va, le moral est là. Le jour suivant, ça ne va plus. Dans la journée même, il ya des phases. Il a trop de temps pour réfléchir.

Il faut tout le temps rassurer, soutenir, faire rire, faire changer les idées pour que le temps de notre conversation ou de nos message, il oublie sa situation. Quand je vais mal, c’est lui qui me rassure et me fait rire. Et là, je culpabilise. C’est le monde à l’envers.

Il dit que ceux qui ne sont pas passés par là ne peuvent pas comprendre. Je fais partie de ces gens mais pourtant sans me mettre à sa place, sa situation et son moral jouent sur le mien.

Je m’occupe des démarches administratives et des contacts avec l’avocat pour faire avancer les choses. Le tribunal rejette notre recours sous prétexte que notre relation n’est pas établie malgré 5 témoignages, quelques photos, 180 textos et ma présence au tribunal. L’avocate de l’OE a bien fait son plaidoyer et a réussi à faire croire que mon attestation de travail est possiblement falsifiée puisqu’elle n’est pas datée.  Notre avocat ne peut pas tirer des plans sur la comète, il avance aussi à tâtons mais mon compagnon n’a pas confiance en les avocats. Et dans ces cas là, je ne sais plus quoi dire ou quoi faire. Je sais que je ne laisserai jamais tomber mais je suis découragée.

Je suis son oreille attentive. Il me parle quand ça va bien et aussi quand ça va mal. J’encaisse et culpabilise d’être en liberté sans ne pouvoir rien faire.

Parfois, il déverse sa colère au téléphone. Je l’écoute patiemment mais j’ai envie de lui répondre puis me reprend. Et dans ces cas là, je culpabilise de lui en vouloir – je suis dehors et je peux faire ce qu’il veut alors qu’il est enfermé et tourne en rond.

Les moments où l’on se voit lors des visites sont précieux. Ce sont des purs moments de bonheur que l’on savoure pendant 1h. Ça reste gravé dans nos têtes pendant des jours. Il se souvient de ce que je portais à chaque visite, de ce que l’on s’est dit et pareil pour moi. On ne se lâche pas. On se prend dans les bras. On se réconforte. Ça nous redonne de l’énergie et la force de patienter.

Quand à la procédure, que faire? Faut-il faire la déclaration de mariage ou attendre? Faut-il changer d’avocat ou le garder? Il compte beaucoup sur mon avis. Je lui dis que je ne peux pas décider à sa place puisque ce n’est pas moi qui vit la situation difficile. Cela finit souvent sur une situation tendue. L’un ne comprend pas forcément l’autre.

J’essaie de me renseigner le plus possible en lisant beaucoup, en allant sur les sites. J’appelle l’Office des étrangers qui me dit de prendre un avocat. J’appelle le Conseil du contentieux des étrangers qui me dit que la date d’audience n’a pas encore été fixée.

On lui dit qu’il sera peut-être relâché du jour au lendemain sans raison. On s’accroche aux petites infos mais tout reste flou. L’incertitude fait mal. L’attente renforce cette incertitude.

On se dit que c’est une période de la vie. Que c’est un test pour notre couple. Qu’on ne sera que mieux après cela. Que nous sommes tous les deux en bonne santé Dieu merci. Que tout le monde traverse des phases difficiles. Que l’on en rigolera plus tard de nos crises de larmes au téléphone. Que cela sera des anecdotes pour nos enfants.

C’est très dur, surtout pour lui, mais on s’accroche et on garde espoir. Patience, patience….

Quoiqu’il en soit, c’est une personne très courageuse, qui n’en sortira que plus forte. Etre enfermé peut détruire mentalement une personne.

On s’accroche comme tout ceux qui vivent la même situation que nous et ceux vivent des situations similaires. IL S’ACCROCHE, RESISTE et ‘purge sa peine’ comme il dit. C’est con et triste mais la vie continue. C’est ce qui nous fait tenir ».

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