Virginie et Ahmed

virginie-et-ahmedTémoignage reçu le 17 février 2017

« Je vous écris car mon conjoint, Ahmed Bentahare, a reçu un avis d’expulsion après notre demande en mariage à la commune de Ath. Ils se sont fait un plaisir de renseigner mon conjoint, qui est sans papiers depuis 2013, à l’Office des étrangers pour « mariage blanc ». Le lendemain de notre demande les policiers de Ath sont venus le chercher chez moi.

Ils n’ont même pas sonné à ma première porte. Ils sont directement montés et ont frappé à la deuxième porte. La première fois je n’ai pas répondu vu que j’étais en peignoir. Ils ont frappé une deuxième fois avec une certaine violence.

Je leur ai ouvert et ils ont demandé après mon conjoint pour lui poser des questions. Je leur ai dit que Ahmed était bien là mais prenait sa douche et qu’ils devaient attendre dehors. Quand j’ai voulu fermer la porte ils m’ont dit d’un ton sec : « Nous devons rentrer », et ont mis une main sur ma porte. N’ayant pas l’habitude d’avoir affaire à la police, je les ai laissés rentrer.

Quand je leur ai demandé pourquoi ils étaient là et quelles questions ils avaient à poser à Ahmed, ils m’ont dit « ça ne vous regarde pas ». Quand Ahmed est sorti de la salle de bain ils lui ont dit : « Monsieur, habillez-vous et vous nous suivez au bureau ». Ahmed leur a demandé si ils avaient un mandat pour rentrer comme ça et leur réponse a été : « Non, nous venons simplement pour que vous répondiez à nos questions et comptons sur vous pour que ça ce passe dans le calme ». Pour éviter tout débordement Ahmed les a suivis.

Il est parti au bureau de police de Ath puis a été transféré au 127 bis à Steenokkerzeel. Ahmed est accusé d’avoir voulu faire plusieurs mariages blancs, ce qui est faux. Il a divorcé de sa première femme parce qu’elle voulait qu’il travaille au noir et lui ne voulait pas. « Je n’ai pas fait autant de km pour frauder les lois », lui a-t-il dit. La dame a fait toutes les démarche de divorce derrière sont dos et Ahmed a perdu ses droits.

Colruyt, où il avait travaillé, lui a demandé de se remettre en ordre avec ses papiers pour qu’ils puissent le reprendre au sein de leur entreprise. Nous avons encore eu une lettre de chez Colruyt le mois passé, qui spécifie bien que quand Ahmed aura ses papiers, il retrouvera une place chez eux.

Puis il a rencontré une autre dame et ils ont introduit une demande de mariage. Suite à cette demande il y a eu un jugement qui a été positif à Tournai mais négatif à Ath.

Pendant ce temps Ahmed et moi nous nous connaissions, mais sans plus. Il y a deux ans on m’a diagnostiqué un cancer. Ahmed faisait des courses pour moi, m’accompagnait a l’hôpital, toujours en toute amitié, jusqu’au mois d’août où nous nous sommes rapprochés. Ahmed a quitté sa compagne. Douze ans de vie en Belgique et seulement trois femmes, dont moi, la dernière, plus un travail et aucune demande d’aide sociale : voici le parcours d’Ahmed.

Selon l’Office des étrangers, Ahmed ne peut pas aimer une femme plus âgée et ne pas vouloir d’enfants car il est musulman pratiquant. La religion et les papiers seraient plus forts que des sentiments et un amour profond.

Nous avons fait une demande de mariage en janvier 2017. Ahmed s’est toujours occupé de mes parents, de mon fils et de moi. Le jour où Ahmed a été arrêté par la police il devait signer un contrat avec une société de transport à Brackel comme homme à tout faire car il parle très bien le néerlandais, le français et l’espagnol. Son contrat devait commencer le 1 février 2017.

La police met en doute que Ahmed vit avec moi et nous soupçonne de vouloir faire un mariage blanc. Comment peuvent-ils l’affirmer alors qu’ils n’ont pas fait d’enquête, ne m’ont pas posé de questions, ni à ma famille, à mes amis ou à mes voisins ? Tout Ath sait qu’on vit ensemble depuis plusieurs mois. Ils le savent aussi puisqu’ils sont venus le chercher chez moi ! N’est-ce pas contradictoire ?

Ils m’ont demandé pourquoi je ne pars pas, moi, vivre au Maroc. C’est simple : j’ai un fils de 19 ans qui fait des études de bijoutier-diamantaire et qui dans un ans partira étudier à Anvers, j’ai des parents dont nous prenons soin, Ahmed et moi. Je ne quitterai jamais mon pays en ayant une famille et surtout un enfant et un homme qui pourrait vivre en Belgique avec moi si notre mariage était accepté.

Monsieur le bourgmestre de Ath se permet de me dire que c’est pour mon bien, pour me protéger qu’il nous a signalés. De quel droit se permet-il de détruire une famille pour soi disant me protéger ? Oui, une famille, car Ahmed traite mon fils comme si c’était le sien. De quel droit Monsieur le bourgmestre se permet-t-il d’estimer que l’homme que j’aime et qui m’aime doit retourner dans son pays d’origine avec une restriction d’entrer dans l’espace Schengen pendant 4 ans ? Il a un casier judiciaire vierge et aucun souci avec la police ou la loi – le chef de police de Ath me l’a confirmé.

Ahmed est simplement un homme qui m’aime et que j’aime et qui voudrait retourner travailler et pouvoir nourrir sa famille et vivre sans peur. C’est-à-dire être enfin libre dans ses gestes, être libre aussi dans sa tête et ne plus vivre comme si il était un monstre.

Je me bats avec Maître Selma Benkhelifa pour le faire sortir du centre 127 bis. Nous avons fait un premier recours et avons entamé le deuxième recours pour qu’il puisse avoir ses papiers. Je continuerai à me battre pour nous par tous les moyens possibles.  »

Virginie Damone
Ath, le 16 février 2017

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