« Ils nous font tourner en rond jusqu’au découragement »

Ce vendredi 19 janvier 2018 Omo, 29 ans, va tenter de résister à une deuxième tentative d’expulsion pour rester aupès de son compagnon. La Belgique, avec la complicité de Brussels Airlines, veut la renvoyer au Nigéria. Son histoire ressemble à celle de beaucoup d’autres couples en Belgique.

Alors qu’elle est en train de faire des démarches pour se marier avec son compagnon, citoyen belge, les autorités remettent un avis négatif dans son dossier. L’argument avancé tient en une seule phrase “ils ont dit : la communication est impossible entre vous deux ».

Pourtant dans leurs parcours, les témoignages des voisins et amis convergent pour décrire un couple soudé qui cherche simplement à vivre sans problème et qui tente à faire reconaître sa situation. Rien n’y fait, l’administration reste campée sur sa position « suspicion de mariage blanc ».

Mais comment fait-t-on pour évaluer une relation d’amour entre deux personnes ? Lors de leurs entretiens une question comme « quelle est la pointure de votre compagnon ? » leur a été posée, voilà le type d’indicateur proposé par les autorités….

Son compagnon témoigne : »Ce n’est pas vrai du tout, on parle anglais ensemble, c’est n’importe quoi, une femme qui nous a vu une fois et qui décrète qu’on est pas capable de communiquer, qu’est-ce que c’est ce système de fous, moi je vais mourir sans elle, je ne le supporterai pas. Est-ce que ces gens ont le droit de nous faire ça ? Est-ce qu’ils ont tous les droits ? ».

Abasourdi par cette conclusion qui n’a aucun sens, mal conseillé par son entourage, le couple ne dépose pas de recours contre cette décision. Après quelques semaines, la situation s’accélère et son compagnon décrit la scène suivante : «La police a débarqué chez nous, très tôt le matin, moi j’étais au travail, et ils l’ont emmenée au poste de police”.

Omo a été emmenée au centre 127 bis, où elle a été détenue 5 mois. A l’extérieur durant tout ce temps, son compagnon a continué à se battre pour tenter de faire avancer les choses, il s’est accroché à la moindre perspective de rebondir, a tenté de redéposer une nouvelle demande de mariage mais on lui a répondu “le dossier est clotûré, ça ne sert à rien de revenir ici”.

Après de longs mois d’enfermement et de bataille juridique, Omo a été informée qu’elle allait subir une deuixème tentative d »expulsion ce vendredi 19 janvier: “On m’a dit c’est fini ici pour toi mais tu peux retourner au Nigéria, te marier là-bas, je ne comprends pas ça leur sert à quoi de nous faire tourner en rond comme ça, ça sert qui ou quoi ? Nous on va perdre des années de notre vie….Et puis on est des êtres humains, on va se décourager, on va y perdre tout notre argent, je crois qu’on n’y arrivera pas… »

Elle nous a dit qu’elle ne peut pas retourner au Nigéria, elle ne connait plus personne là-bas, elle n’y a aucun réseau et sera confrontée à des personnes qui menacent sérieusement sa vie.

Elle a également dit qu’elle allait résister à cette tentative d’expulsion injuste et criminelle qui tente de la séparer d’un homme avec qui elle a construit sa vie.

Le vol d’expulsion était prévu ce vendredi 19 janvier, à Zaventem à 7h55, avec la collaboration de Brussels Airlines. Nous attendons des nouvelles d’Omo.

Stop à la suspicion systématique de mariage blanc, solidarité avec toutes et tous les détenu.e.s !

« Vivre sans peur, c’est-à-dire être enfin libre dans ses gestes, être libre aussi dans sa tête et ne plus vivre comme si il était un monstre. »

virginie-et-ahmedTémoignage reçu le 17 février 2017

« Je vous écris car mon conjoint, Ahmed Bentahare, a reçu un avis d’expulsion après notre demande en mariage à la commune de Ath. Ils se sont fait un plaisir de renseigner mon conjoint, qui est sans papiers depuis 2013, à l’Office des étrangers pour « mariage blanc ». Le lendemain de notre demande les policiers de Ath sont venus le chercher chez moi.

Ils n’ont même pas sonné à ma première porte. Ils sont directement montés et ont frappé à la deuxième porte. La première fois je n’ai pas répondu vu que j’étais en peignoir. Ils ont frappé une deuxième fois avec une certaine violence.

Je leur ai ouvert et ils ont demandé après mon conjoint pour lui poser des questions. Je leur ai dit que Ahmed était bien là mais prenait sa douche et qu’ils devaient attendre dehors. Quand j’ai voulu fermer la porte ils m’ont dit d’un ton sec : « Nous devons rentrer », et ont mis une main sur ma porte. N’ayant pas l’habitude d’avoir affaire à la police, je les ai laissés rentrer.

Quand je leur ai demandé pourquoi ils étaient là et quelles questions ils avaient à poser à Ahmed, ils m’ont dit « ça ne vous regarde pas ». Quand Ahmed est sorti de la salle de bain ils lui ont dit : « Monsieur, habillez-vous et vous nous suivez au bureau ». Ahmed leur a demandé si ils avaient un mandat pour rentrer comme ça et leur réponse a été : « Non, nous venons simplement pour que vous répondiez à nos questions et comptons sur vous pour que ça ce passe dans le calme ». Pour éviter tout débordement Ahmed les a suivis.

Il est parti au bureau de police de Ath puis a été transféré au 127 bis à Steenokkerzeel. Ahmed est accusé d’avoir voulu faire plusieurs mariages blancs, ce qui est faux. Il a divorcé de sa première femme parce qu’elle voulait qu’il travaille au noir et lui ne voulait pas. « Je n’ai pas fait autant de km pour frauder les lois », lui a-t-il dit. La dame a fait toutes les démarche de divorce derrière sont dos et Ahmed a perdu ses droits.

Colruyt, où il avait travaillé, lui a demandé de se remettre en ordre avec ses papiers pour qu’ils puissent le reprendre au sein de leur entreprise. Nous avons encore eu une lettre de chez Colruyt le mois passé, qui spécifie bien que quand Ahmed aura ses papiers, il retrouvera une place chez eux.

Puis il a rencontré une autre dame et ils ont introduit une demande de mariage. Suite à cette demande il y a eu un jugement qui a été positif à Tournai mais négatif à Ath.

Pendant ce temps Ahmed et moi nous nous connaissions, mais sans plus. Il y a deux ans on m’a diagnostiqué un cancer. Ahmed faisait des courses pour moi, m’accompagnait a l’hôpital, toujours en toute amitié, jusqu’au mois d’août où nous nous sommes rapprochés. Ahmed a quitté sa compagne. Douze ans de vie en Belgique et seulement trois femmes, dont moi, la dernière, plus un travail et aucune demande d’aide sociale : voici le parcours d’Ahmed.

Selon l’Office des étrangers, Ahmed ne peut pas aimer une femme plus âgée et ne pas vouloir d’enfants car il est musulman pratiquant. La religion et les papiers seraient plus forts que des sentiments et un amour profond.

Nous avons fait une demande de mariage en janvier 2017. Ahmed s’est toujours occupé de mes parents, de mon fils et de moi. Le jour où Ahmed a été arrêté par la police il devait signer un contrat avec une société de transport à Brackel comme homme à tout faire car il parle très bien le néerlandais, le français et l’espagnol. Son contrat devait commencer le 1 février 2017.

La police met en doute que Ahmed vit avec moi et nous soupçonne de vouloir faire un mariage blanc. Comment peuvent-ils l’affirmer alors qu’ils n’ont pas fait d’enquête, ne m’ont pas posé de questions, ni à ma famille, à mes amis ou à mes voisins ? Tout Ath sait qu’on vit ensemble depuis plusieurs mois. Ils le savent aussi puisqu’ils sont venus le chercher chez moi ! N’est-ce pas contradictoire ?

Ils m’ont demandé pourquoi je ne pars pas, moi, vivre au Maroc. C’est simple : j’ai un fils de 19 ans qui fait des études de bijoutier-diamantaire et qui dans un ans partira étudier à Anvers, j’ai des parents dont nous prenons soin, Ahmed et moi. Je ne quitterai jamais mon pays en ayant une famille et surtout un enfant et un homme qui pourrait vivre en Belgique avec moi si notre mariage était accepté.

Monsieur le bourgmestre de Ath se permet de me dire que c’est pour mon bien, pour me protéger qu’il nous a signalés. De quel droit se permet-il de détruire une famille pour soi disant me protéger ? Oui, une famille, car Ahmed traite mon fils comme si c’était le sien. De quel droit Monsieur le bourgmestre se permet-t-il d’estimer que l’homme que j’aime et qui m’aime doit retourner dans son pays d’origine avec une restriction d’entrer dans l’espace Schengen pendant 4 ans ? Il a un casier judiciaire vierge et aucun souci avec la police ou la loi – le chef de police de Ath me l’a confirmé.

Ahmed est simplement un homme qui m’aime et que j’aime et qui voudrait retourner travailler et pouvoir nourrir sa famille et vivre sans peur. C’est-à-dire être enfin libre dans ses gestes, être libre aussi dans sa tête et ne plus vivre comme si il était un monstre.

Je me bats avec Maître Selma Benkhelifa pour le faire sortir du centre 127 bis. Nous avons fait un premier recours et avons entamé le deuxième recours pour qu’il puisse avoir ses papiers. Je continuerai à me battre pour nous par tous les moyens possibles.  »

Virginie Damone
Ath, le 16 février 2017

« Mon compagnon est en centre fermé depuis plus de 2 mois »

Témoignage reçu le 9 février 2016.

« 127 bis, OQT, interdiction de séjour, recours en extrême urgence, recours en annulation, recours en suspension, cohabitation légale, déclaration de mariage, contrat de vie commune, annexe 19 ter, article 7 CEDH, loi de 1980, adde, getting the voice, ciré, amoureuxvospapiers….autant de mots qui résonnent dans ma tête depuis plus deux de mois et qui sont entrés dans notre vie du jour au lendemain sans prévenir.

Mon compagnon est en centre fermé depuis plus de 2 mois suite à un contrôle à son travail. Plutôt que la situation en elle-même, je témoigne sur le ressenti et sur ce que doivent ressentir beaucoup de couples.

Il est actif, sportif, sociable…Il ne mange plus, ne dort plus, passe ces journées à la mosquée, va au sport de temps en temps. Être enfermé sans avoir rien fait est une situation très difficile. On ne sait jamais de quoi sera fait le lendemain. On appelle ça les phases. Un jour, ça va, le moral est là. Le jour suivant, ça ne va plus. Dans la journée même, il ya des phases. Il a trop de temps pour réfléchir.

Il faut tout le temps rassurer, soutenir, faire rire, faire changer les idées pour que le temps de notre conversation ou de nos message, il oublie sa situation. Quand je vais mal, c’est lui qui me rassure et me fait rire. Et là, je culpabilise. C’est le monde à l’envers.

Il dit que ceux qui ne sont pas passés par là ne peuvent pas comprendre. Je fais partie de ces gens mais pourtant sans me mettre à sa place, sa situation et son moral jouent sur le mien.

Je m’occupe des démarches administratives et des contacts avec l’avocat pour faire avancer les choses. Le tribunal rejette notre recours sous prétexte que notre relation n’est pas établie malgré 5 témoignages, quelques photos, 180 textos et ma présence au tribunal. L’avocate de l’OE a bien fait son plaidoyer et a réussi à faire croire que mon attestation de travail est possiblement falsifiée puisqu’elle n’est pas datée.  Notre avocat ne peut pas tirer des plans sur la comète, il avance aussi à tâtons mais mon compagnon n’a pas confiance en les avocats. Et dans ces cas là, je ne sais plus quoi dire ou quoi faire. Je sais que je ne laisserai jamais tomber mais je suis découragée.

Je suis son oreille attentive. Il me parle quand ça va bien et aussi quand ça va mal. J’encaisse et culpabilise d’être en liberté sans ne pouvoir rien faire.

Parfois, il déverse sa colère au téléphone. Je l’écoute patiemment mais j’ai envie de lui répondre puis me reprend. Et dans ces cas là, je culpabilise de lui en vouloir – je suis dehors et je peux faire ce qu’il veut alors qu’il est enfermé et tourne en rond.

Les moments où l’on se voit lors des visites sont précieux. Ce sont des purs moments de bonheur que l’on savoure pendant 1h. Ça reste gravé dans nos têtes pendant des jours. Il se souvient de ce que je portais à chaque visite, de ce que l’on s’est dit et pareil pour moi. On ne se lâche pas. On se prend dans les bras. On se réconforte. Ça nous redonne de l’énergie et la force de patienter.

Quand à la procédure, que faire? Faut-il faire la déclaration de mariage ou attendre? Faut-il changer d’avocat ou le garder? Il compte beaucoup sur mon avis. Je lui dis que je ne peux pas décider à sa place puisque ce n’est pas moi qui vit la situation difficile. Cela finit souvent sur une situation tendue. L’un ne comprend pas forcément l’autre.

J’essaie de me renseigner le plus possible en lisant beaucoup, en allant sur les sites. J’appelle l’Office des étrangers qui me dit de prendre un avocat. J’appelle le Conseil du contentieux des étrangers qui me dit que la date d’audience n’a pas encore été fixée.

On lui dit qu’il sera peut-être relâché du jour au lendemain sans raison. On s’accroche aux petites infos mais tout reste flou. L’incertitude fait mal. L’attente renforce cette incertitude.

On se dit que c’est une période de la vie. Que c’est un test pour notre couple. Qu’on ne sera que mieux après cela. Que nous sommes tous les deux en bonne santé Dieu merci. Que tout le monde traverse des phases difficiles. Que l’on en rigolera plus tard de nos crises de larmes au téléphone. Que cela sera des anecdotes pour nos enfants.

C’est très dur, surtout pour lui, mais on s’accroche et on garde espoir. Patience, patience….

Quoiqu’il en soit, c’est une personne très courageuse, qui n’en sortira que plus forte. Etre enfermé peut détruire mentalement une personne.

On s’accroche comme tout ceux qui vivent la même situation que nous et ceux vivent des situations similaires. IL S’ACCROCHE, RESISTE et ‘purge sa peine’ comme il dit. C’est con et triste mais la vie continue. C’est ce qui nous fait tenir ».

« Rien ni personne ne peut décider de l’avenir de deux personnes et certainement pas un gouvernement qui applique des mesures qui dégradent ». Marianne et Sada

Témoignage reçu suite à l’annonce de notre action Saint-Valentin.

« Bonjour, j’ai pu lire sur votre page votre action concernant les couples qui désirent se marier et qui doivent faire face à de grosses galères. Je voulais au travers de ce petit message dire à tout ces couples de ne jamais abandonner.

J’ai rencontré mon compagnon il y a trois ans, il était alors dans le centre fermé de Vottem, nous n’avions aucune certitude de notre avenir. Il a finalement été expulsé au Sénégal, j’ai donc décidé de le suivre, j’ai vécu là-bas trois mois et je suis ensuite rentrée en Belgique car je devais présenter mon mémoire de fin d’étude.

Il nous fallait dès lors trouver une solution. Nous nous sommes donc rejoints ici au Maroc où je travaille depuis un an. Actuellement nous réunissons tous les documents pour nous marier ici puisqu’en Belgique cela n’était pas possible.

Au mois d’août si dieu le veut nous serons mariés et donc je rentrerai en Belgique pour trouver un logement et un travail dans le secteur social.

Je dois bien avouer que parfois j’ai voulu me décourager mais si l’on s’aime et que nous sommes toujours là après trois ans c’est qu’il y de l’espoir car c’est l’espoir qu’il faut toujours garder. Il faut être déterminés et regarder vers l’avenir et si dieu le veut dans quelques mois nous pourrons regarder en arrière et visualiser tout ce chemin parcouru et enfin profiter d’une vie stable de notre petit appartement en Belgique.

Je connais beaucoup de femmes qui ont rejoint leurs compagnons dans leur pays d’origine pour se marier. Il faut se battre et rester toujours déterminés, rien ni personne ne peut décider de l’avenir de deux personnes et certainement pas un gouvernement qui applique des mesures qui dégradent et qui balayent l’avenir de tous ces couples ».